Vozinha, 40 ans : le gardien du Cap-Vert face à l’épreuve du doute

Vozinha gardien de l'équipe du Cap-Vert

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Il y a des carrières qui se jouent sur une saison. Celle de Vozinha s’est écrite sur quatorze ans, loin des projecteurs, avant de s’embraser en un été. Héros de la Coupe du monde 2026 avec le Cap-Vert, le gardien de 40 ans découvre aujourd’hui l’autre visage de son métier : celui où une seule seconde suffit à faire vaciller des semaines de gloire.

L’été où le monde a découvert Vozinha

Pour comprendre la chute, il faut d’abord mesurer la hauteur. En juin dernier, le Cap-Vert disputait la première Coupe du monde de son histoire. Un archipel d’à peine 500 000 habitants, face aux géants du football mondial. Personne, ou presque, n’attendait les Requins Bleus.

Puis vint l’Espagne. Face à l’armada de Luis de la Fuente, le Cap-Vert a tenu bon jusqu’au bout pour arracher un nul (0-0) qui a fait le tour du monde. Au cœur de cet exploit, un homme : Vozinha, auteur d’une série d’arrêts qui ont fait de lui, en quelques heures, une star des réseaux sociaux.

L’aventure s’est arrêtée en 16es de finale, face à l’Argentine, au terme d’une prolongation spectaculaire (2-3). Encore une fois, le gardien avait brillé. Après la rencontre, il résumait l’état d’esprit de son équipe d’une formule simple : « Nous sommes tombés la tête haute. »

Un gardien qui vient de loin

Ce succès n’avait rien d’un hasard. Il était l’aboutissement d’un long chemin. Né le 3 juin 1986 à Mindelo, sur l’île de São Vicente, Josimar Dias, dit Vozinha, a construit sa carrière dans l’ombre des grands championnats.

Formé au Batuque FC puis au CS Mindelense, il a rejoint l’Angola en 2012, avant de poursuivre un parcours de voyageur : la Moldavie, le Portugal, Chypre, la Slovaquie. Depuis 2024, il évoluait au GD Chaves, en deuxième division portugaise. Rien, dans ce parcours, ne laissait présager qu’il deviendrait un jour l’un des visages d’une Coupe du monde.

En sélection, en revanche, il est un pilier. International depuis 2012, il est le deuxième joueur le plus capé de l’histoire du Cap-Vert. Il a vécu toutes les étapes de la progression de son pays : la première qualification pour une CAN en 2013, puis les éditions 2015, 2021 et 2023. Vozinha n’est pas une révélation tardive. C’est un fidèle, enfin récompensé.

Le Mali, ou la seconde qui change tout

C’est ce passé qui rend l’épisode récent si cruel. Pour son entrée dans les éliminatoires de la CAN 2027, le Cap-Vert s’est incliné face au Mali (3-1). Et Vozinha s’est retrouvé au centre du troisième but.

Sur un long ballon, le gardien est sorti de sa surface pour intervenir. Plutôt que de dégager, il a tenté de contrôler le ballon, qui lui a échappé. Dorgeles Nene, à l’affût, l’a récupéré avant de le pousser dans le but vide. Une action de quelques secondes, rapidement devenue virale, à l’image de ses exploits de l’été, mais pour de tout autres raisons.

La solitude du dernier rempart

Cette mésaventure rappelle une vérité aussi ancienne que le football : le poste de gardien est le plus injuste de tous. Un attaquant peut manquer dix occasions et se racheter sur la onzième. Un milieu peut perdre des ballons sans que personne ne s’en souvienne. Le gardien, lui, n’a pas droit à l’erreur, car la sienne se transforme presque toujours en but.

Il y a aussi un paradoxe propre à Vozinha. Ce sont précisément son audace et sa confiance, celles qui l’ont porté face à l’Espagne, qui l’ont conduit à tenter ce contrôle risqué. La frontière entre le geste inspiré et la faute est parfois infime. Elle dépend souvent d’un rebond, d’un appui, d’une fraction de seconde.

À 40 ans, chaque erreur prend en outre une résonance particulière. Là où l’on pardonne volontiers à un jeune gardien, on s’interroge plus vite sur un vétéran. L’âge devient un argument, parfois injuste, dans le débat.

Colo-Colo, l’autre front

Car le Mali n’est pas son seul défi. Après la Coupe du monde, Vozinha a rejoint Colo-Colo, l’un des clubs les plus populaires du Chili. Mais selon Foot Mercato, sa situation y est délicate.

Il ne lui resterait que trois mois de contrat, avec une prolongation automatique d’un an conditionnée à sa participation à la moitié des matchs depuis son arrivée. Or il n’en a disputé que trois sur neuf, notamment parce que son club a continué à jouer pendant la trêve internationale. Ses prestations ont été contrastées : une solide feuille blanche contre Huachipato (0-0), puis un match plus décevant face à Deportes Concepción (1-1), le 13 septembre.

Autrement dit, Vozinha mène désormais deux combats en même temps : préserver sa place en sélection et sécuriser son avenir en club.

Rwanda, l’heure de la réponse

La première occasion de répondre arrive dès ce mardi. Le Cap-Vert affronte le Rwanda, un match déjà important après la défaite face au Mali. Pour les Requins Bleus, il s’agit de lancer véritablement leur campagne qualificative. Pour Vozinha, c’est l’occasion de montrer que l’erreur de Bamako n’était qu’une parenthèse.

Sa place en sélection ne semble pas menacée à ce stade. Son expérience, son statut et son rôle dans l’épopée mondiale plaident pour lui. Mais dans le football, la mémoire est courte, et chaque match remet les compteurs à zéro.

Toute sa carrière, Vozinha a appris à rebondir, à changer de pays, à recommencer ailleurs. Il a attendu quatorze ans pour vivre son été de gloire. Il ne devrait pas se laisser abattre par une seconde d’égarement. La vraie mesure d’un gardien ne se trouve pas dans ses erreurs, mais dans la manière dont il y répond.

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