Réunion de crise à Rabat : Gianni Infantino tente de sauver sa présidence à la FIFA
Réunion de crise Infantino FIFA : Gianni Infantino a convoqué ce mercredi à Rabat l’ensemble des dirigeants de la FIFA afin de tenter de reprendre le contrôle d’une situation devenue très tendue.
Gianni Infantino a convoqué ce mercredi à Rabat l’ensemble des cadres dirigeants de la FIFA pour une réunion de crise. Cette rencontre intervient après la pire semaine de ses onze années à la tête de l’instance mondiale, marquée par l’abandon en catastrophe d’un projet de filialisation commerciale et une fronde inédite de plusieurs confédérations et fédérations nationales. À moins d’un an du scrutin présidentiel, le dirigeant suisse voit son autorité contestée comme jamais.
Infantino FIFA : pourquoi la présidence est aujourd’hui fragilisée
C’est dans un climat particulièrement délétère que Gianni Infantino a réuni ce mercredi les principaux dirigeants de la FIFA au Maroc. L’objectif affiché de cette rencontre est de stabiliser une institution ébranlée et de tenter de reprendre la main sur un narratif qui lui échappe depuis une semaine. Le secrétaire général Mattias Grafström a de son côté adressé un message au personnel de l’organisation en amont de cette réunion, reconnaissant une séquence difficile tout en soulignant que les employés n’étaient en rien responsables de cette crise politique. Pour comprendre l’ampleur de la contestation qui a conduit à cette convocation d’urgence, il faut revenir sur l’enchaînement des événements de ces derniers jours.
Un projet de privatisation qui a mis le feu aux poudres
Tout part d’une révélation de la presse britannique fin juillet. The Times et le Financial Times dévoilent l’existence d’un projet baptisé FIFA Forward Enterprise (FFE) : une filiale destinée à gérer l’ensemble des droits commerciaux et opérationnels des compétitions phares de l’organisation, Coupe du Monde en tête. L’objectif affiché était de céder environ 20 % du capital de cette structure à des investisseurs privés, parmi lesquels le fonds Thrive Eternal de Joshua Kushner, pour lever près de 4,2 milliards de dollars. En contrepartie, chacune des 211 fédérations membres se serait vu proposer un versement unique de 20 millions de dollars, sous réserve d’un accord avant la mi-septembre.
La méthode, autant que le fond, a choqué. Le dossier avait été négocié dans la plus grande discrétion, sans consultation préalable des grandes confédérations. La riposte ne s’est pas fait attendre : l’UEFA menace ses 55 fédérations membres de boycotter toutes les compétitions organisées par la FIFA, Mondial compris, tant que le projet reste sur la table. La CONCACAF et la Confédération asiatique de football (AFC) rallient rapidement cette position, tandis que la CONMEBOL annonce l’ouverture d’un processus de consultation interne. En interne également, des voix dissidentes se font entendre : Arsène Wenger, responsable du développement mondial du football, et le secrétaire général Mattias Grafström prennent leurs distances avec l’initiative présidentielle.
Face à cette opposition massive sur trois continents, Gianni Infantino capitule. Dans la nuit de vendredi à samedi, la FIFA officialise l’abandon du FFE, évoquant des divisions internes devenues incompatibles avec l’objectif initial du projet. Carlos Cordeiro, l’un des conseillers les plus proches du président suisse sur les questions de gouvernance, démissionne dans la foulée et qualifie publiquement le projet de mauvais calcul pour l’avenir du football.
Une vague de défiance qui dépasse le seul dossier FFE
Le retrait du projet n’a pas éteint l’incendie, Gianni Infantino l’a au contraire propagé. Samedi, l’UEFA va plus loin qu’un simple soulagement : elle déclare avoir perdu confiance dans le leadership d’Infantino et prévient qu’aucune option n’est désormais écartée pour l’avenir de l’institution.
Le mouvement de désaveu prend rapidement une tournure institutionnelle. Le Pays de Galles devient la première fédération à retirer formellement son soutien à la candidature d’Infantino pour le mandat 2027-2031, invoquant des défaillances de gouvernance, de leadership et de jugement. L’Angleterre lui emboîte le pas dans la foulée, tout comme la Serbie et la Suède, cette dernière évoquant des manquements récurrents en matière de transparence et de gestion. Le scénario d’une candidature concurrente commence à circuler, avec une échéance fixée au 18 novembre pour le dépôt éventuel d’un adversaire avant l’élection prévue en mars prochain à Rabat. Un vote de défiance formel resterait néanmoins une option lourde à activer, puisqu’il faudrait réunir 43 fédérations pour convoquer un Congrès extraordinaire.
À ces tensions institutionnelles s’ajoute un épisode plus personnel et embarrassant. Le président de la fédération jordanienne, le prince Ali bin Al Hussein, accuse publiquement Infantino de chantage. Selon lui, il lui aurait été communiqué verbalement pendant le Mondial que soutenir sa réélection faciliterait le règlement de plusieurs litiges pendants pour son pays, notamment des primes impayées liées à la Coupe arabe et des frais jugés inéquitables imposés aux équipes participant au tournoi organisé aux États-Unis. Le dirigeant jordanien a rejeté toute forme de compromission, affirmant que sa fédération n’apporterait pas son soutien à Infantino et dénonçant une situation assimilable, selon ses mots, à un chantage pur et simple.
L’UEFA passe à l’offensive judiciaire
Le dossier a également pris une dimension juridique. Des avocats mandatés par l’UEFA ont adressé à la FIFA une mise en demeure formelle indiquant que l’instance européenne envisage activement une action en justice, une procédure d’arbitrage ou des plaintes devant les autorités de régulation en lien avec le projet FFE. Cette notification cible nommément dix-huit dirigeants de la FIFA, dont Infantino lui-même, le directeur financier Thomas Peyer et Arsène Wenger, sommés de conserver l’intégralité des documents, données et échanges électroniques liés au dossier. Toute suppression ou altération de ces éléments après réception de la notification pourrait, selon l’UEFA, être assimilée à une destruction de preuves.
Une équation politique loin d’être réglée
Reste à savoir si cette réunion de Rabat suffira à contenir la fronde. Entre la défiance ouverte de plusieurs grandes fédérations européennes, les accusations de pressions inappropriées et la menace d’un contentieux juridique porté par l’UEFA, Infantino aborde l’année qui le sépare de l’élection présidentielle dans une position bien plus fragile qu’anticipé. Le scrutin de mars, à Rabat justement, s’annonce comme le véritable point de bascule pour l’avenir du dirigeant suisse à la tête du football mondial.
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