Ceferin contre Infantino : le jour où l’UEFA a déclaré que « l’empereur est nu »
Le duel Ceferin Infantino vient de franchir un nouveau cap. Il était une fois un empereur persuadé de porter des habits somptueux, invisibles aux yeux des sots. Sa cour feignait l’admiration, jusqu’à ce qu’un enfant ose dire tout haut ce que chacun voyait : l’empereur était nu. Ce mardi, à Copenhague, c’est ce conte de Hans Christian Andersen qu’Aleksander Ceferin a choisi pour frapper. Et l’empereur qu’il visait porte un nom : Gianni Infantino.
Un discours préparé comme une charge
Le cadre n’avait rien d’anodin. Le président de l’UEFA s’exprimait devant l’assemblée générale de l’EFC, l’association des clubs européens, anciennement connue sous le nom d’ECA. Autrement dit, devant les dirigeants des plus grands clubs du continent. Gianni Infantino, invité, n’avait pas fait le déplacement.Son absence a donné à ce nouvel épisode du duel Ceferin Infantino une résonance encore plus forte.
Le Slovène a déroulé sa métaphore avec méthode. Selon lui, le monde du football a récemment entendu des mots très commodes : développement, démocratisation, consultation. Mais pour Ceferin, changer le nom d’une chose ne change pas sa nature. Céder une partie de l’avenir du football ne deviendrait pas un progrès simplement parce qu’on le présente ainsi, pas plus qu’une décision imposée aux fédérations ne deviendrait démocratique par la seule force du vocabulaire.
Puis est venue la formule appelée à faire le tour du monde. Devant les clubs, Ceferin a estimé qu’il était temps de dire « ça suffit », avant d’ajouter que « le football n’a pas besoin d’empereurs ».
Ceferin Infantino : l’étincelle des investisseurs privés
Cette attaque ne sort pas de nulle part. Elle intervient après l’échec d’un projet porté par la FIFA : ouvrir une nouvelle structure commerciale liée à la Coupe du monde à des investisseurs privés, en cédant une partie des droits commerciaux de la compétition. Face à une forte pression, Gianni Infantino a finalement renoncé.
Pour Ceferin, ce recul ne clôt pas le débat. Il y voit au contraire la preuve d’un problème de gouvernance plus profond. Son message aux clubs est clair : ils doivent cesser de soutenir un dirigeant dont il conteste les méthodes. Le discours ne réclame pas explicitement le départ d’Infantino, mais il invite les acteurs du football européen à lui retirer leur confiance.
Une menace judiciaire en arrière-plan
Le conflit Ceferin Infantino pourrait se doubler d’une bataille juridique. Selon la presse suisse, l’UEFA envisagerait de porter plainte contre le président de la FIFA pour « gestion déloyale ». En Suisse, où siège l’instance mondiale, cette infraction est passible de cinq ans d’emprisonnement.
La démarche reste toutefois hypothétique à ce stade, et elle s’annonce complexe. Pour qu’elle aboutisse, il faudrait démontrer qu’Infantino a intentionnellement lésé les intérêts de la FIFA. Une barre très haute, qui explique sans doute la prudence de l’UEFA, qui n’a pas officialisé de procédure.
Dix ans de rivalité
Pour mesurer la portée du conflit Ceferin Infantino, il faut revenir en 2016. Cette année-là, les deux hommes accèdent presque simultanément à la tête des deux plus puissantes instances du football. Infantino, ancien secrétaire général de l’UEFA, succède à Sepp Blatter à la FIFA. Ceferin, avocat slovène peu connu du grand public, prend la présidence de l’UEFA.
Leurs relations se dégradent rapidement. Dès 2019, Ceferin s’oppose à un projet d’Infantino évalué à 25 milliards de dollars, soutenu par des investisseurs privés, qui visait à remodeler la Coupe du monde des clubs et à créer une Ligue des nations mondiale. Déjà, le président de l’UEFA mettait en garde contre les « béni-oui-oui » qui conduisent les dirigeants à leur perte.
Sept ans plus tard, le scénario semble se répéter : un projet financé par des capitaux privés, une opposition frontale de l’UEFA, et un recul de la FIFA. Mais dans la rivalité Ceferin Infantino, le ton, lui, a changé. Ceferin ne se contente plus de contester un projet. Il remet en cause la légitimité même de la gouvernance de son homologue.
Un calendrier politique chargé
Ce discours s’inscrit aussi dans un contexte électoral. L’UEFA élira son président en avril prochain, et Aleksander Ceferin a été encouragé à se représenter par Nasser al-Khelaïfi, président du Paris Saint-Germain et figure incontournable des clubs européens. En s’adressant directement à l’EFC, Ceferin consolide ses alliances avec les clubs, un soutien essentiel dans le rapport de force avec la FIFA.
Pour Infantino, la séquence tombe mal. Le recul sur le projet d’investisseurs privés a fragilisé sa position, et Ceferin a manifestement choisi de profiter de ce moment de faiblesse pour accentuer la pression.
Ceferin Infantino : ce que ce conflit change pour le football
Au-delà du duel entre deux dirigeants, ce conflit pose une question de fond : à qui appartient le football ? Ceferin a résumé sa position en quelques mots, en affirmant que « le football n’est pas à vendre ». Pour lui, les dirigeants en sont les gardiens, pas les propriétaires.
De l’autre côté, la FIFA défend depuis plusieurs années une vision fondée sur la croissance, l’élargissement des compétitions et la recherche de nouveaux revenus, présentés comme des moyens de développer le football à l’échelle mondiale.
Entre ces deux visions, les clubs, les fédérations et les joueurs se retrouvent au cœur d’un bras de fer qui dépasse largement les personnes. Les prochains mois diront si l’appel de Ceferin trouve un écho, ou si Infantino parvient à reprendre la main. Reste à connaître la réponse de la FIFA à ce discours, qui s’annonce comme l’un des plus marquants de l’histoire récente des instances du football.
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