Infantino isolé : la Concacaf s’oppose à son tour le projet de privatisation de la Coupe du monde
La privatisation coupe du monde est au cœur d’une crise sans précédent entre la FIFA et plusieurs confédérations, dont l’UEFA et la Concacaf.
Un plan secret qui explose au grand jour
Mardi, la nouvelle tombe comme une bombe dans le monde du football : la FIFA dévoile son intention de créer une filiale baptisée « FIFA Forward Enterprise » (FFE), destinée à regrouper l’ensemble de ses activités commerciales diffusion, sponsoring, billetterie, licences ainsi que la gestion opérationnelle de ses compétitions, Coupe du monde en tête. Selon les documents révélés par la presse britannique, jusqu’à 20 % du capital de cette nouvelle entité, valorisée à environ 20 milliards de dollars, serait ouvert à des investisseurs privés, permettant de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars.
Fait notable : parmi les investisseurs pressentis figurerait la famille Kushner, proche de Donald Trump, ce qui alimente déjà les spéculations sur l’influence grandissante de l’administration américaine dans les coulisses de la FIFA.
Gianni Infantino a adressé une lettre aux 211 fédérations membres leur donnant jusqu’au 19 septembre pour se prononcer, assortie d’un argument financier difficile à ignorer : en cas de refus, les fédérations resteraient sur le programme classique Forward 4.0, soit environ 10 millions de dollars par fédération pour le prochain cycle, contre une enveloppe nettement supérieure promise si le projet FFE est validé. Une méthode que plusieurs observateurs qualifient déjà de pression déguisée plutôt que de simple consultation démocratique.
Les 4 raisons qui isolent Gianni Infantino
L’UEFA dégaine la menace ultime : le boycott
La réaction ne s’est pas fait attendre du côté européen. Réunie en urgence jeudi, l’UEFA a obtenu un vote unanime de ses 55 fédérations membres Belgique comprise pour menacer de boycotter toutes les compétitions organisées par la FIFA, Coupe du monde incluse, tant que le projet resterait sur la table. Une décision qui concernerait potentiellement l’Allemagne, la France, l’Angleterre ou encore l’Espagne, championne du monde en titre.
La privatisation coupe du monde suscite une vive opposition en Europe car le ton du communiqué européen est sans appel : l’instance dénonce une proposition conçue en secret, sans consultation préalable, qu’elle juge irresponsable et indéfendable. Elle va plus loin en affirmant qu’à partir du moment où des investisseurs externes acquièrent des participations dans les compétitions de la FIFA, le football change à jamais, transformant le rendement commercial en obligation permanente et les attentes des actionnaires en pression quotidienne sur la gouvernance du jeu.
La Concacaf emboîte le pas, mais sans brandir le boycott
Le projet de privatisation coupe du monde divise les confédérations. Quelques heures plus tard, la Concacaf, qui réunit 41 fédérations d’Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes dont les trois pays hôtes du Mondial 2026, États-Unis, Canada et Mexique — a organisé sa propre réunion d’urgence. Verdict : un rejet formel de la proposition, motivé par l’absence de procédure régulière, le délai artificiellement court imposé par la FIFA, et le fait qu’aucun organe de gouvernance compétent n’a examiné ni approuvé le projet en amont.
La confédération nord-américaine questionne également la logique même de la démarche : pourquoi recourir à des investisseurs privés juste après la Coupe du monde la plus rentable de l’histoire ? Contrairement à l’UEFA, la Concacaf n’évoque toutefois à aucun moment l’idée d’un boycott. Elle se contente de demander à ses représentants au Conseil de la FIFA d’exiger le respect des statuts officiels, tout en réclamant que les réserves financières existantes de l’institution servent davantage au développement du football régional.
Le monde du football loin d’être uni
Si l’UEFA et la Concacaf affichent un front commun sur le fond, toutes les confédérations ne partagent pas la même méfiance. La Confédération africaine de football (CAF), présidée par Patrice Motsepe, l’un des soutiens les plus fidèles d’Infantino, se montre nettement plus conciliante : elle invite simplement ses fédérations membres à examiner la proposition dans le cadre du processus de consultation. Du côté sud-américain, la CONMEBOL et son président Alejandro Dominguez n’ont pas encore pris position officiellement, mais leur soutien de longue date à Infantino jusqu’à défendre l’idée d’un Mondial à 64 équipes laisse peu de doute sur leur inclination. Le projet de privatisation coupe du monde soulève de nombreuses inquiétudes concernant l’avenir de la gouvernance du football mondial.
L’Asie, en revanche, a exprimé des réserves : la Confédération asiatique a fait savoir que les actions unilatérales de la FIFA semblaient saper les fondements même du football continental, sans pour autant rejoindre l’UEFA sur le terrain du boycott.
Face à la tempête, la FIFA a fini par réagir par communiqué, assurant que rien ne changerait pour l’institution, que les investisseurs extérieurs n’auraient aucun rôle opérationnel, et que l’intégralité des bénéfices nets de la FFE serait réinvestie dans le football mondial. Un discours rassurant que plusieurs observateurs interprètent surtout comme une opération de communication destinée à convaincre les fédérations encore hésitantes avant l’échéance du 19 septembre. Ce qui est certain cette privatisation coupe du monde pourrait modifier durablement la gouvernance de la FIFA.
Un bras de fer qui rappelle un précédent
Ce n’est pas la première fois qu’Infantino tente ce genre de manœuvre. En 2018 déjà, le président de la FIFA avait négocié en secret une offre de 25 milliards de dollars sur douze ans avec le groupe japonais SoftBank, un projet soutenu par des capitaux saoudiens et destiné à créer de nouvelles compétitions mondiales. Le plan avait fini par capoter face à la résistance de l’UEFA, soucieuse de protéger ses actifs phares que sont la Ligue des champions et l’Euro.
Huit ans plus tard, le scénario se répète, mais l’enjeu est cette fois plus large : c’est la Coupe du monde elle-même, symbole et patrimoine collectif du football mondial depuis 1930, qui se retrouve au cœur d’un projet de privatisation partielle. Reste à savoir si la pression conjointe de l’UEFA et de la Concacaf suffira à faire plier Infantino avant l’échéance de septembre, ou si les soutiens de la CAF et de la CONMEBOL lui permettront malgré tout de réunir la majorité nécessaire.
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Pour en savoir plus sur les annonces et la gouvernance de l’instance mondiale, consultez le site officiel de la FIFA.
