Sabri Lamouchi et la Tunisie : retour sur une éviction sans précédent au Mondial 2026
Sabri Lamouchi n’aura connu qu’un seul match de Coupe du monde sur le banc de la Tunisie. Nommé en janvier 2026, le technicien franco-tunisien a été écarté au lendemain de l’entrée en lice des Aigles de Carthage.Rarement un sélectionneur aura connu une fin aussi abrupte. Nommé à la tête de la Tunisie en janvier 2026, Sabri Lamouchi a été écarté au lendemain du premier match des Aigles de Carthage à la Coupe du monde. Plusieurs mois après les faits, le technicien franco-tunisien revient sur une séparation qui l’a profondément marqué.
Une nomination dans l’urgence
Le 14 janvier 2026, la Fédération tunisienne de football (FTF) désigne Sabri Lamouchi pour succéder à Sami Trabelsi, remercié après l’élimination en huitièmes de finale de la CAN 2025 face au Mali, aux tirs au but. Le contrat de l’ancien international français, âgé de 54 ans, court jusqu’en juillet 2028.
Sabri Lamouchi est passé comme joueur par Auxerre, Monaco Parme, l’Inter Milan et l’Olympique de Marseille, Lamouchi avait dirigé la Côte d’Ivoire au Mondial 2014, puis le Stade Rennais et Nottingham Forest. Sa nomination avait néanmoins suscité des critiques chez une partie des supporters tunisiens.
Un amical qui a tout changé
Le 6 juin, à Bruxelles, la Tunisie s’incline lourdement face à la Belgique (5-0). Dans un entretien diffusé sur YouTube, Lamouchi estime que son équipe était jusque-là dans une dynamique positive. Selon lui, cette défaite, concédée en infériorité numérique, a fragilisé le groupe et pesé sur la suite.
Monterrey, puis la confusion
Le 14 juin, à Monterrey, la Suède s’impose 5-1 face à la Tunisie en ouverture du groupe F. Sabri Lamouchi reconnaî reconnaît que son équipe a payé cher des erreurs individuelles.
La journée du 15 juin tourne ensuite au feuilleton. En début de soirée, la FTF publie sur ses réseaux sociaux l’annonce du limogeage et évoque Mondher Kebaier pour l’intérim, avant de supprimer ces publications quelques minutes plus tard. Entre-temps, Sabri Lamouchi dirige normalement la séance d’entraînement à Monterrey, alors même que son départ a été annoncé. La fédération confirme finalement la séparation et nomme Hervé Renard pour la fin du tournoi, une décision annoncée par son président, Moez Nasri, à la télévision publique.
D’après L’Équipe, la journée aurait été particulièrement tendue : huit cadres seraient venus proposer à Lamouchi un pacte de solidarité, et l’ancien international André-Pierre Gignac l’aurait ensuite accueilli chez lui.
Son bilan s’arrête à cinq matchs : une victoire contre Haïti (1-0), un nul et trois défaites.
Sabri Lamouchi livre sa version
Un mois après son départ, Lamouchi a raconté avoir appris son éviction à son réveil, par des voies indirectes, et a regretté de ne pas avoir reçu d’au revoir. Il a qualifié l’épisode de violent.
Dans un autre entretien, il affirme que les dirigeants lui avaient renouvelé leur confiance la veille du match contre la Suède, en lui assurant que la collaboration continuerait quel que soit le résultat. Il précise aussi que la fédération ne lui a imposé aucun joueur pour la liste du Mondial. Il reconnaît en revanche une erreur : ne pas avoir convoqué le milieu de terrain Ferjani Sassi.
Un cas presque unique dans l’histoire
Changer de sélectionneur en pleine Coupe du monde reste exceptionnel.Avant Sabri Lamouchi, quelques précédents existent : Andy Beattie avec l’Écosse en 1954, puis, en 1998, Cha Bum-kun avec la Corée du Sud, Carlos Alberto Parreira avec l’Arabie saoudite et Henryk Kasperczak, déjà à la tête de la Tunisie. Mais une séparation après un seul match du tournoi est une première.
Le pari Renard n’a pas fonctionné
Le changement de banc n’a pas inversé la tendance. Battue par le Japon (0-4), la Tunisie était éliminée dès sa deuxième rencontre. Elle a ensuite perdu face aux Pays-Bas (1-3) à Kansas City, terminant le tournoi sans le moindre point. Avec douze buts encaissés, elle a affiché la pire défense de la compétition et a été la seule sélection africaine éliminée dès la phase de groupes. Hervé Renard a ensuite annoncé son départ.
Une fédération face à ses contradictions
Au-delà du cas personnel de Lamouchi, cette affaire révèle l’instabilité du football tunisien : Lamouchi était le sixième sélectionneur nommé en deux ans et demi. L’annonce publiée puis supprimée, l’entraînement dirigé par un sélectionneur annoncé partant et l’arrivée d’un remplaçant en quelques heures ont donné l’image d’une institution en pleine confusion.
À l’approche de la CAN 2027, la FTF devra trouver une ligne claire et durable. Sans cela, le même scénario risque de se reproduire.
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