Réunion secrète Rabat FIFA : ce qui menace l’avenir de Gianni Infantino
La réunion secrète Rabat FIFA marque un tournant majeur dans l’histoire récente de l’instance mondiale. Organisée dans la plus grande discrétion, cette rencontre de crise autour de Gianni Infantino intervient après plusieurs semaines de tensions liées au projet FIFA Forward Enterprise.
Le football mondial traverse l’une des crises institutionnelles les plus profondes de son histoire récente. En quelques jours, un projet financier controversé porté par Gianni Infantino a provoqué des menaces de boycott, une vague de démissions internes et une réunion de crise organisée dans la plus grande discrétion au Maroc, ce mercredi 5 août 2026.
Un projet à 20 milliards de dollars au cœur de la tempête
Réunion secrète Rabat FIFA, tout part d’un plan baptisé FIFA Forward Enterprise (FFE). Le projet prévoit la création d’une nouvelle structure commerciale qui regrouperait les droits commerciaux des principales compétitions de la FIFA, notamment la Coupe du monde masculine et la Coupe du monde des clubs. Une participation minoritaire de cette entité, valorisée à environ 20 milliards de dollars, serait ensuite proposée à des investisseurs privés, avec l’objectif de lever 4,2 milliards de dollars dès cette année.
Sur le papier, l’objectif affiché est louable. Gianni Infantino a justifié la démarche en expliquant qu’une part trop faible de la valeur commerciale croissante du football revenait aux acteurs de ce sport qui en ont le plus besoin. Réunion secrète Rabat FIFA Selon la FIFA, les activités commerciales et la gestion opérationnelle des événements seraient transférées vers une filiale qui resterait détenue et contrôlée en permanence par l’instance mondiale, les revenus supplémentaires devant financer le développement du football à travers la planète.
Une méthode qui a mis le feu aux poudres
Le problème n’est pas tant le fond que la forme. Le projet a été révélé en amont par le journal britannique The Times, avant même son officialisation par la FIFA, provoquant un effet de surprise généralisé au sein des fédérations. Gianni Infantino avait adressé une lettre aux 211 fédérations membres leur demandant de se prononcer avant le 19 septembre, un calendrier jugé beaucoup trop serré par de nombreux acteurs du football. La CONCACAF a ainsi dénoncé ouvertement l’absence de procédure régulière, le délai artificiellement court imposé aux fédérations et le manque d’examen par les organes de gouvernance compétents.
Le mécanisme financier proposé a également alimenté les soupçons. Les fédérations qui approuvaient le projet pouvaient prétendre à un financement allant jusqu’à 10 milliards de dollars sur le prochain cycle, soit jusqu’à 40 millions de dollars par association, contre seulement 2,7 milliards déjà prévus pour celles qui refuseraient. Pour les 54 fédérations africaines seules, l’enjeu représentait potentiellement jusqu’à 40 millions de dollars chacune dans les années à venir un système perçu par plusieurs observateurs comme une forme de pression déguisée en incitation financière.
L’aspect personnel du dossier n’a pas non plus arrangé les choses. Selon des informations de The Times reprises par plusieurs médias, Infantino aurait pu à terme devenir directeur général de la FFE, avec à la clé des revenus personnels considérablement décuplés, un salaire annuel évalué à près de 47 millions de livres sterling. Ce chiffre reste toutefois à prendre avec une réserve : il provient d’une seule source primaire (The Times), reprise ensuite en cascade par d’autres titres. La FIFA, de son côté, a démenti toute volonté de « vendre le football », assurant que le projet visait uniquement à accroître les revenus redistribués aux fédérations membres.
La fronde s’organise à l’échelle mondiale
Face à ce projet, l’onde de choc a été immédiate. L’UEFA et ses 55 fédérations membres ont officiellement annoncé qu’elles boycotteraient les compétitions de la FIFA si le projet était maintenu, une position rapidement rejointe par la CONCACAF. En France, le président de la Fédération française de football Philippe Diallo a qualifié la proposition d' »inquiétante » et de « sujet de préoccupation », regrettant que les instances européennes n’aient pas été consultées avant l’annonce. En Angleterre, la présidente de la Fédération anglaise Debbie Hewitt pourtant elle-même vice-présidente de la FIFA a affirmé n’avoir eu aucune connaissance des discussions menées par Infantino avant l’annonce du projet.
La contestation a fini par atteindre l’entourage immédiat du président. Certaines fédérations ont fait part de leurs doutes sur son leadership durant les réunions consacrées au projet. Face à cette bronca, Infantino a annoncé le 31 juillet que le projet ne serait finalement pas poursuivi.
Des soutiens qui tiennent, malgré tout
Le retrait du projet n’a pas suffi à calmer entièrement la crise, mais certains soutiens historiques d’Infantino ne se sont pas désunis pour autant. La Fédération mexicaine de football a salué la décision de retrait, se félicitant qu’elle privilégie l’unité entre les confédérations et les associations membres. Le Qatar et les Émirats arabes unis ont eux aussi accueilli favorablement l’abandon du projet, réaffirmant leur soutien à Infantino et à ses efforts de développement du football à l’échelle mondiale.
La démission qui a tout précipité
Mais c’est en interne que le coup le plus dur est venu. Le conseiller principal de Gianni Infantino, Carlos Cordeiro, a démissionné dès le vendredi précédent, affirmant s’opposer « catégoriquement » au projet. Une défection lourde de sens, suivie par la prise de distance d’Arsène Wenger, directeur du développement du football mondial à la FIFA, et du secrétaire général Mattias Grafström ce dernier ayant, dans une lettre aux salariés consultée par l’AFP, évoqué « une série d’événements tristes et condamnables » finalement close par l’abandon du projet.
Rabat : la tentative de reprise en main
C’est dans ce climat que Gianni Infantino a convoqué, ce mercredi 5 août, une réunion de crise à huis clos, confirmée à la fois par l’AFP, Reuters et plusieurs médias belges et français. La rencontre s’est tenue toute une journée au siège régional africain de la FIFA, dans le complexe Mohammed VI de Salé, près de Rabat. Des journalistes de l’AFP postés à l’une des entrées ont vu entrer plusieurs véhicules en fin de matinée ; en fin de soirée, une source proche du dossier a confirmé que la réunion était terminée, deux voitures aux vitres teintées quittant les lieux escortées d’un véhicule de police peu avant 18h30 heure locale.
Le choix du lieu n’est pas anodin : Infantino se trouvait déjà dans le royaume la semaine précédente à l’occasion de la Fête du Trône, et le pays doit coorganiser la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. La Fédération royale marocaine de football lui a d’ailleurs renouvelé publiquement sa confiance.
Autour de la table : qui était là, qui manquait
Sur la composition exacte de la réunion, une seule source (La Libre) donne le détail des participants annoncés en amont : autour d’Infantino et de Grafström devaient siéger le comité de direction de la FIFA, incluant le chef de cabinet Daniel O’Toole, le directeur juridique Emilio Garcia Silvero, le responsable des associations membres Elkhan Mammadov, la directrice des ressources humaines Kimberly Morris, ainsi que les directeurs de la communication Bryan Swanson et David Farrelly. Cette information n’étant pas recoupée par l’AFP ou une deuxième agence, elle est à traiter comme une annonce préalable plutôt qu’une confirmation de présence effective.
Ce qui interroge davantage, ce sont les absences. Arsène Wenger, dont la prise de position publique contre le projet publiée mardi, la veille de la réunion aurait précipité la convocation de cette rencontre selon un média marocain, n’apparaît dans aucune liste confirmée de participants à Rabat : il semble avoir choisi de peser sur le dossier depuis l’extérieur, par communiqué, plutôt qu’en personne. Autre voix dissidente à noter, bien que rapportée par une source unique et moins établie : le prince Ali bin Al Hussein, président de la fédération jordanienne, aurait accusé la FIFA de pratiques assimilables à du chantage, le soutien financier accordé à son pays ayant selon lui été conditionné à une déclaration de fidélité à Infantino avant les élections de 2027. Cette accusation mérite d’être formulée au conditionnel tant qu’elle n’est pas confirmée par une deuxième source indépendante.
La contre-offensive : excuses et soutien affiché
À l’issue de la réunion, la FIFA a diffusé un communiqué officiel, confirmé par l’AFP et repris par RTBF, Le Devoir et La Presse. Le texte reconnaît qu’il n’était « nullement dans l’intention d’exclure le Conseil de la FIFA et les associations membres » du processus, et admet que celui-ci « aurait dû être géré différemment ». Les dirigeants présents ont réaffirmé leur « plein soutien » au président, « seul responsable élu par les 211 associations membres de la FIFA ». Le communiqué prévient aussi que la FIFA « ne tolérera plus aucune atteinte à son intégrité, à sa bonne gouvernance et à son respect des procédures régulières » et qu’elle prendra « toutes les mesures nécessaires » pour protéger son nom et sa réputation. Infantino a de son côté réitéré son « plein soutien » à Grafström et à l’administration de la FIFA.
Le front européen ne désarme pas
Malgré cette communication soignée, la pression reste vive du côté européen. La réunion de Rabat est intervenue au lendemain d’un appel de l’association des ligues européennes à une réforme en profondeur de la gouvernance de la FIFA, qui a dénoncé une instance « ne peut plus être autorisée à continuer à prendre unilatéralement des décisions », visant également le projet d’extension du Mondial à 64 équipes. Selon le Telegraph, l’UEFA envisagerait même une motion de censure à l’encontre d’Infantino une information non confirmée officiellement par l’UEFA à ce stade.
Ce qu’il faut retenir
Cette séquence illustre une fracture à deux niveaux, rarement observée avec une telle intensité à la FIFA. D’un côté, une contestation venue de l’intérieur même de l’institution, avec la démission de Carlos Cordeiro et les prises de distance de Wenger et Grafström. De l’autre, une fronde des grandes confédérations occidentales (UEFA, CONCACAF), qui contraste avec le soutien maintenu par plusieurs fédérations du Golfe, d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. À moins de huit mois du congrès électif de mars 2027 qui doit d’ailleurs se tenir à Rabat Gianni Infantino reste pour l’instant le seul candidat déclaré à sa propre succession. Mais la solidité réelle de son socle de soutien, mise à l’épreuve par cette crise, pourrait bien devenir l’enjeu central des prochains mois.
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Cette crise intervient alors que le football européen traverse une période particulièrement mouvementée, notamment sur le marché des transferts, à l’image du dossier Rodri que nous analysons ici : https://analysesportive.be/rodri-fc-barcelone-real-madrid/
Pour consulter la position officielle de l’instance sur le projet FIFA Forward Enterprise (FFE), vous pouvez également lire le communiqué publié par la FIFA : communiqué officiel de la FIFA.
